LE LADAKH…
…des plaines désertiques où des montagnes lunaires se détachent du paysage infini.
À Skindiyang, un village perché dans le ciel, j’ai eu la chance de vivre avec ses habitants. Pendant une semaine, j’ai tenté de me fondre dans ce paysage incroyable. Logeant dans une famille, je devais, au cours de mon séjour, observer les effets de la globalisation sur la culture ladakhi en les matérialisant par la photographie. En lisant le livre Ancient Futures. Learning From Ladakh écrit par Helena Norberg-Hodge, première occidentale à apprendre le ladakhi lors de son séjour dans le milieu des années 75 et la fondatrice-directrice de l’association International Society for Ecology and Culture, j’ai été fascinée de côtoyer cette culture et d’observer les changements qui s’étaient opérés depuis une trentaine d’années. La seule constante, c’est le changement, n’est-ce pas?
UN PEU D’HISTOIRE ANTHROPOLOGIQUE…
Le Ladakh est une région magnifique dans la partie nord du Jammu-Cachemire indien. Ses hautes montagnes himalayennes enneigées, ses paysages désertiques, ses espaces verts entourant les villages comme des oasis de paix et ses monastères sont un régal de couleurs pour les yeux. Couvrant un territoire de 60 000 km2, la population ladakhi compte 130 000 habitants. Alors que la moitié adhère au bouddhiste tibétain depuis plus de mille ans dans la région périphérique de Leh, l’autre, situé à Khargil, est davantage musulmane. Parsemés à travers l’espace lunaire grandiose, les villages ont toujours été auto-suffisants, vivant en harmonie avec leur environnement. En 1975, lorsqu’Helena Norberg-Hodge visite le Ladakh, elle est fascinée par cette culture riche et paisible. Quelques années plus tard, la région commence à se développer, désireuse de suivre le modèle occidental. L’ouverture du tourisme, l’insertion des médias visuels et le processus de développement semblent être poussés par les ailes du progrès. Les routes se multiplient, facilitant le transport entre les villages et les centres citadins; les écoles se construisent, permettant aux enfants d’apprendre l’anglais et de s’ouvrir davantage sur le monde ; la monnaie, devenant courante et plus importante aux yeux des Ladakhi, transforme le système économique et les structures sociales des communautés; les bâtiments changent de forme et de matériaux et les vêtements et les différents tissus venant de l’ouest s’insèrent dans les armoires. Lors de mon séjour à Skindiyang, un village situé entre Khalsi et Leh, j’ai pu, en effet, constaté les différents impacts de la globalisation, mais surtout…
ENTRE L’HUMANISME ET LE PHOTOJOURNALISME…
Depuis mon séjour en Inde, j’ai tenté de faire du photojournalisme, croyant que c’était un excellent moyen pour conjuguer intellectualisme et art, et peut-être aussi, influencée par la germe anthropologique qui poussait en moi. Mais en vivant une semaine avec les habitants de Skindiyang, les images qui composaient mes cadres photographiques n’étaient pas inspirées par un désir de dénoncer les effets de la globalisation. Soudainement, ma tête laissait place au coeur, aux trippes et au sang bouillonnant qui traversait mon regard. Je n’étais plus guidée par mes idées, mais par mes émotions. Je ne savais plus ce qui était rationnel ou intellectuel : je “sentais”, c’est tout. Tous les jours, je partais marcher ces montages géantes outillée de ma caméra et de mon petit livre ladakhien; je rencontrais les gens et buvais des thés dans les cuisines. Leurs sourires, la profondeur de leur regard et la simplicité de nos échanges séduisait mes pupilles et je prenais les clichés naturellement, instinctivement, sans réfléchir.
DES IMAGES SUR DES MOTS…
De retour à Leh, j’ai sélectionné 26 photographies qui seront imprimées sur du papier de riz du Népal et qui formeront mon exposition à Québec. Ces images sont imprégnées de la douceur et de la sensibilité de la photographie humaniste en même temps qu’elles forment un portrait de la culture ladakhi dans le village de Skindiyang. Les photographies sélectionnées se trouvent au-dessus.